Une peine de six ans suggérée pour Estofa Carries

Estofa Carries pourra passer Noël avec sa famille avant de prendre le chemin des cellules. L’homme de 57 ans, qui avait été arrêté dans une audacieuse opération de la division du crime organisé du Service de police de la Ville de Montréal, baptisée Acabar, en février 2011, sera vraisemblablement condamné à six ans et quatre mois de prison, en vertu d’une entente conclue entre la Couronne et la défense exposée hier au juge Maurice Galarneau de la Cour du Québec.

Le juge a demandé un peu de temps pour étoffer sa décision, qu’il ne rendra qu’après les Fêtes. En soustrayant les dix mois qu’Estofa Carries a passés en détention préventive, il lui restera cinq ans et demi de prison à purger. En février dernier, Carries a plaidé coupable à des accusations de complot pour trafic de cocaïne et d’ecstasy.

En 1999, il avait été condamné à quatre ans de prison pour le trafic de 7 kg de cocaïne.

Estofa Carries possède une épicerie, le Marché Estofa, située rue Saint-Hubert, à Montréal. Il avait également une boîte de nuit, l‘El Caballero, dans le même immeuble, dont il a confié la direction à son fils, mais où il travaille toujours. Carries aurait également des propriétés et des commerces en République dominicaine, son pays d’origine. Dans les années 2000, il a organisé à Montréal un festival annuel de musique haïtienne, le Kompa, auquel avait notamment participé Michel Martelly, devenu président d’Haïti.

Agent double et briseur de coeurs

Carries a été arrêté avec d’autres trafiquants dominicains qui avaient pour quartier général un gymnase dans le secteur des boulevards Pie-IX et Saint-Michel. Le gymnase abritait également un bureau de change où les trafiquants blanchissaient l’argent de la drogue, selon la les autorités.

Un agent double d’origine latino-américaine a été chargé de s’infiltrer au sein du groupe. Il a rapidement gagné la confiance des suspects, en particulier celle de la responsable du bureau de change, Lina Maria Vargas Rueda.

En fait, celle-ci est littéralement tombée sous le charme du policier, selon l’avocat de Carries, Me Claude Girouard. «Elle était littéralement sous le joug, sous le charme de l’agent d’infiltration. Elle s’est investie de la mission de tout mettre en oeuvre pour lui plaire», a-t-il dit.

Piégés des deux côtés de la frontière

L’agent double, qui se faisait passer pour un trafiquant de drogue, a fait un virement aux États-Unis d’une somme de plus de 300 000$ qu’il disait être de l’argent sale, par le biais du bureau de change.

Or, les personnes recevant l’argent à New York afin de le blanchir et ensuite le renvoyer à Montréal étaient des agents de la Homeland Security, une agence américaine de sécurité de mèche avec les policiers montréalais.

C’est Mme Vargas Rueda qui avait présenté l’agent double à Estofa Carries. Les rencontres entre les trois personnes, qui se déroulaient en espagnol, ont souvent eu lieu au Marché Estofa.

Lina Maria Vargas Rueda fait toujours face à des accusations de complot et de trafic de stupéfiants dans cette affaire.

Daniel Renaud
La Presse

Photo François Roy, La Presse